Le Mécanisme du Développement de la Petite Entreprise :

Les « spécialistes de l’automobile » de Conakry se Mettent au Volant

Dans le quartier de Coleah situé au bord de la mer à Conakry, l’atelier est bourré pare-chocs contre pare-chocs.  Une BMW aux accessoires pimpants est à cheval sur la fosse de visite.  Derrière elle, un taxi de marque Toyota à la suspension grinçante attend son tour.  Un véhicule tout-terrain éclaboussé de boue et décoré du logo d’un bleu éclatant des Nations Unies vient d’arriver d’un camp de réfugiés Libériens.  Venant de la rue, il entre prudemment dans le parking.

Près de la salle d’approvisionnement de l’atelier, un énorme cube entrelacé d’aérateurs et couronné d’un tuyau d’échappement attend d’être révisé tout en étant perché sur des briques de ciment.  A Conakry, c’est un des milliers de générateurs alimentés au diesel qui se mettent en marche pour maintenir l’électricité dans les bureaux et appartements lorsque le réseau électrique de la ville sursouscrit hoquète en protestation.

Les affaires marchent bien à l’Union Garage Coleah (UGC), une entreprise de réparation de voitures et de moteurs appartenant et opérée par un groupe de jeunes mécaniciens dont le travail de haute qualité leur a valu une réputation de fournisseurs de service rapide et efficace dans toute la ville.

En fait, les affaires marchent tellement bien que les mécaniciens ont ouvert un nouvel atelier de peinture et réparation de carrosserie, et que l’atelier a embauché une nouvelle génération d’apprentis dont Bamayembé Touré, âgée de 19 ans qui fait partie d’une petite poignée de Guinéennes ayant une formation en entretien des moteurs.

Il y a juste quelques années, les choses étaient bien différentes.  Les mécaniciens se trouvaient littéralement dans la rue, exerçant leur métier sur un trottoir poussiéreux à l’ombre d’un grand arbre.

« Lorsque j’ai rencontré les mécaniciens pour la première fois, ils travaillaient à un coin de rue à grande circulation près d’une des routes principales qui mène à Conakry », dit Mamadi Kourouma, qui dirige le Centre d’Appui au Développement (CAD), l’organisation partenaire d’ADF en Guinée.  « Il était évident qu’ils avaient du talent; les voitures faisaient la queue tout autour du pâté de maison.  Mais ils n’avaient ni les outils, ni la formation, ni les capitaux dont ils avaient besoin pour effectuer les réparations à bon marché et rapidement. »

Les mécaniciens ne pouvaient se permettre de stocker des pièces détachées.  Il leur fallait se faire payer à l’avance et acheter les pièces détachées au détail.  Ce problème de liquidités rendait les réparations plus coûteuses et longues.

Ils n’avaient pas non plus d’équipements pour réparer les voitures de manière sûre et professionnelle.  Lorsqu’il leur fallait travailler en dessous d’une voiture, ils la soulevaient à l’aide de longues perches en bois et la faisaient pencher sur le côté, une dangereuse approche de débrouillardise.

En 1994, l’ADF accorda à l’UGC une subvention qui lui permit de construire un garage, d’acheter des équipements, d’améliorer les compétences techniques de ses mécaniciens, et de former les membres du personnel en gestion d’entreprise et comptabilité.  L’ADF donna également à l’UGC une réserve de capitaux qui aida les mécaniciens à acheter un large stock de pièces détachées.

Le garage fit l’acquisition d’une machine de réglage de moteur qui marche au diesel, d’une machine d’équilibrage de pneus et d’un équipement de réglage de parallélisme de roues.    Les mécaniciens reçurent également 300 heures de formation technique en réparation de moteurs, hydraulique, électronique et réparation de carrosserie. 

A présent, l’UGC se spécialise en réparation de moyeux, amortisseurs, et suspensions, un secteur de travail clé dans un pays où le réseau routier est chroniquement érodé par un des climats les plus pluvieux au monde.  Le niveau des précipitations moyennes annuelles de la Guinée est de 1,5 mètres, soit près de cinq pieds. 

La réputation du garage de livrer un travail d’expert lui a valu une gamme impressionnante de clients dont le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), l’Agence Américaine pour le Développement International (USAID), le Corps de la Paix, et l’Ambassade Américaine.

Les mécaniciens se sont assurés de la loyauté de leurs clients, en leur fournissant un service d’entretien des routes « partout » 24 heures sur 24, et en achetant des téléphones cellulaires qui les maintiennent en contact perpétuel avec leurs clients.

Trois d’entre nous restent à l’atelier toutes les nuits pour répondre aux appels tardifs », dit le mécanicien Sory Traoré.  « Les bureaux et résidences de l’USAID et de l’Ambassade Américaine comptent 40 générateurs qui doivent continuer de marcher en permanence.  Nous faisons également des voyages à la frontière Libérienne pour récupérer les véhicules en panne d’employés d’organisme d’aide humanitaire. Nous les ramenons en remorque à l’atelier. »

L’UGC fut au départ créée en 1988, lorsque des mécaniciens s’allièrent pour créer une coopérative reconnue par la loi.  Au cours des ans, le nombre de mécaniciens employés à temps plein est passé à près de 20, et l’UGC emploie également près d’une douzaine d’apprentis.  Depuis 1994, les revenus d’exploitation de la coopérative sont passés d’un seuil de rentabilité de 3,5 millions de Francs Guinéens (environ 1750 dollars Américains) à 160 millions de Francs Guinéens (80.000 dollars Américains).

Avec une croissance de profit stable, l’UGC a généré des revenus qui ont permis à ses mécaniciens de se marier, d’acheter leurs propres maisons et d’avoir des enfants.

« Lorsque nous avons construit le premier garage, nous craignions qu’il ne soit trop grand, » fait remarquer Traoré en souriant devant l’embouteillage du parking d’UGC.  « Maintenant, nous avons un deuxième garage et comprenons le besoin de continuer de nous agrandir et de nous spécialiser pour rester compétitifs.  Nous avons ajouté la peinture et la réparation de carrosserie.  Nous voulons maintenant acheter et réparer des voitures d’occasion et les vendre à profit.  Avec le financement et la formation que nous avons reçus de l’ADF, nous sommes sûrs de pouvoir tenir le coup. »

 


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Photo 1 (ci-dessus) : Bamayémbé Touré, 19 ans, est parmi la poignée de jeunes femmes guinéennes ayant reçue une formation en mécanique automobile.  Elle montre avec fierté la technologie qui permet aux services de l’UGC d’être en demande et à la portée des consommateurs : une clé et un téléphone cellulaire.

Photos 2-5 : (2) Sory Traore, mécanicien, montrant un certificat d’appréciation donné par le Corps de la paix à l’UGC en Guinée.  (3) Des embouteillages dans le parking du Garage de Coleah est un signe que les affaires marchent bien pour l’UGC.  (4)  Les mécaniciens de l’UGC posent avec l’un des milliers de groupes électrogènes diesel qui produisent de l’électricité pour les appartements et les entreprises de Conakry.  (5) L’UGC a élargit ses services pour inclure les réparation de carrosseries et le lavage des véhicules.

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