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Comment l’expérience vécue en développement participatif par une
communauté a pu contribuer à façonner un programme national pour le
renforcement des capacités en milieu rural
Une
nouvelle approche au développement rural en Guinée
Au
milieu des années 90, le gouvernement guinéen a saisi la Banque
mondiale pour demander son appui pour élaborer un nouveau programme
national de développement rural. Alors que 70% de la population
vivait en milieu rural, la grande partie de la croissance économique
demeurait concentrée autour de Conakry, et la population des
milliers de villages guinéens vivait un quotidien sans accès aux
services fondamentaux tels que l’éducation, la santé, l’eau potable
et d’autres infrastructures socio-économiques essentielles.
Le
gouvernement guinéen avait pris des mesures pour redresser ce
déséquilibre en lançant un projet de réhabilitation des routes
rurales. L’initiative avait apporté une grande infusion d’argent
aux populations locales ayant contribué la main-d’œuvre pour les
travaux, mais ses résultats avait été très décevants. Les
communautés n’avaient virtuellement joué aucun rôle dans la
planification du projet et elles avaient des priorités différentes
en matière de développement local. Par conséquent, une fois que le
financement des routes s’est achevé, les efforts locaux d’entretien
des routes ont également cessé et, le climat le plus pluvieux
d’Afrique de l’Ouest a vite repris le dessus.
Forts
de cette expérience, les responsables guinéens ont reconnu qu'il
fallait une nouvelle approche pour renforcer les capacités rurales.
Une stratégie capable de mobiliser une participation soutenue à des
projets qui répondent directement aux besoins réels et immédiats des
communautés rurales.
Le Programme d’appui aux communautés villageoises (PACV)
La
Banque mondiale a donc été invitée à entreprendre un programme
pilote pour la conception d’un modèle efficace pour le nouveau
programme guinéen d’appui aux communautés villageoises (PACV).
L’organisme international était chargé : (1) d’étudier comment
encourager les communautés locales à participer directement au
développement ; et (2) d’élaborer le cadre d’un nouveau réseau
d’institutions villageoises autonomes et décentralisées pouvant être
intégrées dans les initiatives plus larges de planification et
d’exécution d’activités de développement au niveau du district et
sur le plan national.
Pour
créer des structures d’organisation de base pour le PACV, le
gouvernement a établi 303 communautés rurales de développement (CRD)
sur l’ensemble du territoire. La Banque mondiale invita ensuite
l’ADF et trois autres organismes avec une expérience confirmée en
développement participatif pour l’aider à exécuter le programme
pilote du PACV et à évaluer des diverses stratégies pour promouvoir
un développement propulsé par la demande et dirigé par la
communauté. L’ADF accepta de financer les projets des CRD de Bady,
Baguinet et Banguigny.
La
phase pilote, qui a duré 12 mois, a été lancée en 1997. Elle avait
pour objectif de donner aux responsables du gouvernement guinéen et
de la Banque mondiale la possibilité de (1) comparer plusieurs
modèles différents de mise en pratique des méthodes de développement
participatif et (2) inclure les meilleures pratiques et les
enseignements acquis des quatre projets pilotes dans un modèle pour
l’exécution du PACV d’une durée de 12 ans sur l’ensemble du
territoire.
Une
leçon de développement à Bady
L’ADF
a démarré ses activités de financement au titre du PACV à Bady, une
communauté rurale située dans les basses terres de la Province
Maritime de Guinée qui n'a guère profité sur le plan économique de
sa proximité de Fria, principal centre d’extraction minière du
pays. La Fondation a financé un groupe d’experts guinéens du
développement en leur donnant le rôle d’équipe d’exécution à Bady.
Ce groupe commença par organiser des assemblées générales
villageoises dans la CRD. L’équipe invita toutes les couches de la
population à jouer un rôle actif dans les délibérations publiques
relatives au PACV et de discuter comment les villages pourraient
participer au processus de développement.
Ces
réunions ont fini par aboutir à la création de groupes de
discussions à plusieurs dimensions, organisés en fonction de l’âge,
du genre et d’autres catégories sociales. Les groupes se sont mis
d’accord pour discuter et hiérarchiser les besoins de développement
les plus urgents et envoyer ensuite des représentants aux conseils
de villages pour s’entretenir des recommandations et fixer une série
de priorités équitables en matière de développement communautaire.
Les conseils de villages ont ensuite élu des délégations de
représentants – en général deux hommes et deux femmes – pour
présenter l’ordre du jour de leurs villages respectifs aux conseils
des districts de la CRD de Bady.
Les
quatre organismes d’exécution sur le terrain qui ont participé à la
phase pilote du PACV ont chacun adopté une méthodologie différente.
Certains sont intervenus avec très peu de participation
communautaire et ont vite mis en œuvre des projets recommandés par
des experts étrangers du développement après de brèves réunions avec
les dirigeants de la communauté. D’autres agents d’exécution ont
pris un peu plus de temps pour encourager les populations à
participer à des exercices de développement participatif mais ont
ensuite assumé tous les détails afférents à l’exécution du projet et
à la construction des infrastructures.
Etant
donné que l’équipe de l’ADF/Guinée a consacré beaucoup de temps et
d’efforts pour créer des tribunes de prise de décision avec une
grande participation à la base, le projet de l’ADF à Bady a été long
à démarrer, et a mis beaucoup plus longtemps que prévu. Ainsi, à
mesure que l’étape pilote du PACV touchait à sa première évaluation,
le projet de Bady traînait de loin derrière les trois autres projets
pilotes sur le plan de résultats mesurables. Alors que les trois
autres projets pilotes communiquaient un avancement sensible dans
l’exécution du projet, les habitants de Bady en étaient encore à
discuter des détails de comment ils allaient dépenser les 100.000
$US alloués à la CRD pour la première année du projet de cinq ans.
L’approche adoptée par les experts guinéens du développement de
l’organisme d’exécution du projet de Bady se distinguait des autres
par le simple fait qu’elle avait pour objet de faire en sorte que la
communauté contrôle directement le projet du début à la fin. Ils
ont reconnu que les habitants de Bady étaient les principales
parties prenantes de leur propre développement et se sont efforcés
de les inclure dans toutes les facettes du processus décisionnel.
D’un
côté, l’équipe d’exécution financée par l’ADF a travaillé avec les
communautés locales pour développer des comités de planification
représentatifs de toutes les couches de la société, capables de
discuter et de hiérarchiser les besoins locaux de développement. De
l’autre, l’équipe a formé les villageois dans tous les domaines de
gestion administrative et financière pour qu’ils puissent superviser
directement les appels d’offres, la sélection et la rémunération des
entreprises de construction ; organiser la main-d’œuvre et les
matériaux pour minimiser les dépenses du projet ; assurer une
surveillance continue sur le terrain de la construction et ;
identifier les réussites et les échecs en cours de route.
Cette
approche exhaustive au renforcement des capacités locales a, bien
entendu, pris du temps, et la lenteur de l’exécution à Bady a
commencé à inquiéter les administrateurs de programme de la Banque
mondiale.
Dick
Day,
Coordinateur des opérations du programme de l’ADF, se rappelle
« qu’ils étaient frustrés du fait que l’équipe de l’ADF prenait trop
de temps pour faire démarrer son projet pilote. Les responsables de
la Banque voulaient voir eux-mêmes si le projet avançait
réellement. Ce qu’ils ont entendu et vu au cours de leur visite à
Bady leur a vraiment fait changer d’avis. »
Accompagnés d’un représentant des collectivités locales, les
responsables de la Banque mondiale ont visité le site de la première
composante du projet de la CRD dans le cadre du PACV de Bady où la
construction d’une école primaire de trois salles de classes et des
W.C. venait à peine de commencer. Ils étaient visiblement
impressionnés par la qualité de la construction et encore plus par
le fait que les villageois y participaient en contribuant du sable,
du gravier et de la main-d’œuvre.
Les
membres de la mission de la Banque mondiale ont été étonnés
toutefois d’apprendre toutefois que l’ADF avait chargé un comité
villageois de contrôler les travaux et d’effectuer les paiements en
faveur de l’entreprise de construction. Cette révélation a
immédiatement soulevé des questions de responsabilité et des risques
d’un emploi frauduleux de fonds.
Or,
ces inquiétudes ont été vite dissipées lorsque les membres du comité
villageois ont présenté un registre financier et ont donné une
ventilation détaillée du contrat de construction. Chaque article,
d’une longue liste d’achats, était accompagné d’un reçu. De
surcroît, le comité avait mis en place un rigoureux système
permettant de contrôler l’utilisation du ciment par l’entreprise de
construction. Les membres du comité avaient stocké le ciment pour
l’école dans un abri fermé à clef et remettaient aux ouvriers les
quantités nécessaires au jour le jour. A la fin de la journée, ils
demandaient aux ouvriers de leur rendre les sacs vides pour pouvoir
faire l’inventaire de ce qui avait été utilisé.
Ces
détails ont fait une grande impression sur la délégation de la
Banque mondiale, ainsi que la dynamique d’une discussion qui a eu
lieu avec les membres du comité de la CRD, le personnel de
l’ADF/Washington et un député guinéen. Alors qu’un membre de la
délégation de la Banque commença à poser des questions spécifiques
sur le projet de Bady, le député guinéen commença à répondre au nom
de ses électeurs. Il a vanté l’ADF pour son bon travail et a
remercié la Fondation pour avoir construit une nouvelle école et un
centre de santé.
Après
quelques minutes de silence respectueux, un représentant du comité
de village a poliment interrompu la discussion pour offrir des
éclaircissements sur certains points. Il a reconnu que son village
était effectivement reconnaissant à l’ADF pour avoir apporté un
financement au projet. Mais il a toutefois précisé clairement que
c’était sa communauté --- et non pas l’ADF--- qui exécutait
le projet et réalisait les objectifs fixés. C’était sa
communauté qui construisait l’école et le centre de santé.
C’était sa communauté qui contribuait son temps et sa
main-d’œuvre au projet. Il a également indiqué que les familles de
la localité avaient mobilisé leurs épargnes pour recruter une
maîtresse d’école provisoirement pour que leurs enfants ne soient
pas obligés d’attendre jusqu’à ce que le gouvernement assigne des
professeurs à la nouvelle école.
Dick
Day
se souvient que « ce fut un moment qui a permis de convaincre le
gouvernement guinéen et la Banque mondiale que quelque chose de
vraiment spécial se produisait à Bady. Cela a permis de mettre en
évidence le pouvoir de la méthodologie unique de développement
participatif de l’ADF. Lorsque les membres du comité ont pris la
parole, ils ont parlé avec conviction, en toute connaissance de
cause et avec assurance au sujet du moindre détail de leur projet.
Ils ont voulu être fermes en montrant que c’était leur projet. Et
qu’ils étaient fiers de ce qu’ils avaient réalisé. »
Un
nouveau modèle de développement participatif
Cette
visite a donc permis de transformer le projet pilote de Bady en un
modèle de développement digne d’être reproduit. La méthodologie --
en sept étapes --- de développement participatif mis au point par
l’équipe d’ADF/Guinée sous forme d’un partenariat étroit avec la
population de Bady est ainsi vite devenue partie intégrante du PACV
pour l’ensemble du territoire et un guide pour des initiatives de
développement similaires financées par la Banque mondiale au Niger
et au Sénégal.
Le
modèle mis au point par l’équipe de l’ADF en collaboration avec les
communautés de Bady met en évidence l’importance capitale de la
participation de la communauté à la conception, l’élaboration,
l’exécution et l’évaluation d’infrastructures locales de
développement rural. L’objectif ultime du modèle est de donner aux
populations locales le savoir-faire et les compétences nécessaires
pour qu’elles puissent contrôler et gérer leur propre développement.
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