|
Kollossi est en train de
Transformer une Stratégie de Survie en une Entreprise Communautaire
Rentable
Dans
les montagnes du Fouta Djallon en Guinée, les hiérarchies sociale et
économique sont très liées à l’altitude et à la géographie. Au
18ème et 19ème siècle, les chefferies Foulah et Madengka conquirent
les peuples Djallonke de la région et regroupèrent des groupes
locaux pour en faire des serfs sous de puissantes lignées. Les
familles dirigeantes firent construire des centres administratifs
dans les villes situées sur les hautes terres de Labe, Timbi, Koyin
et Fode Hajji et collectèrent des tributs en biens et main d’oeuvre
de villages serfs, connus sous le nom de rundé. Les rundé
occupaient les basses régions où les troupeaux, principale réserve
de la richesse précoloniale, ne pouvaient pâturer en raison de la
menace de trypanosomiase transmise par la mouche tsé-tsé.
Lorsque la France colonisa la Guinée, cet ordre social stratifié fut
maintenu. Les responsables Européens gagnèrent de l’influence en
embrassant le status quo et en cultivant des liens très
étroits avec les chefs. Alors que le servage était techniquement
banni, les responsables Français comptèrent sur l’ordre politique
précolonial pour leur produire la corvée qui permit la construction
des routes et le recrutement militaire pour la Première et la
Deuxième Guerres Mondiales.
Avec
l’indépendance en 1958, le nouveau Président de la Guinée, Sékou
Touré bannit les restes de justifications du servage au Fouta
Djallon, mais ses efforts se concentrèrent sur le démantèlement du
pouvoir des chefs par rapport au gouvernement central, et ne firent
pas grand chose pour faire contrepoids à un siècle de déshonneur
social. C’est ainsi que de nombreux villages rundé sont
restés tout en bas de l’échelle sociale en Guinée.
Grâce
à un projet qui se concentre sur le développement de la petite et
micro entreprise dans le village de Kollossi, l’ADF est cependant en
train d’aider une communauté rundé économiquement
marginalisée, à sortir de la pauvreté. Le village de Kollossi sis
près de la ville de Mali fut établi à la fin du 18ème siècle.
Tandis que, site d’une ancienne chefferie Foulah, Mali occupe une
large et belle vue surplombant une vaste vallée qui donne sur
l’ouest, Kollossi gît au bas d’une crête escarpée et n’était
accessible qu’à pied jusqu’à tout récemment.
Le
développement économique soutenu de Kollossi a été freiné par
plusieurs facteurs. L’agriculture de subsistance est
presqu’impossible après des siècles de culture intensive. Des blocs
de pierre émergent d’un sol qui a perdu la plupart de sa couche
arable, et le village occupe un coin reculé d’une région qui est
elle-même géographiquement éloignée des centres commerciaux de
Guinée.
Mais
avec le soutien de l’ADF, Kollossi est en train de transformer ce
qui autrefois était une stratégie de survie en une entreprise
communautaire florissante qui a permis d’accroître les revenus
moyens et permis au village de construire sa propre école,
d’embaucher un enseignant, et de lancer un centre commercial local
pour des villages avoisinants. Kollossi payait autrefois un tribut
en tissant des pagnes pour les familles de dirigeants à partir du
coton échangé dans la vallée du fleuve Sénégal. Le travail était
lent et ardu, et il offrait peu de récompense au delà des dons en
grains des propriétaires terriens locaux.
Toutefois en 1988, les tisserands s’organisèrent en Groupement des
Tisserands Koumanci de Kollossi (GTKK) pour grouper leurs opérations
et ressources. En 1999, le GTKK demanda à l’ADF de l’aider à
accroître le volume et la qualité de la production de pagne de
Kollossi, et l’ADF procura des fonds pour construire un atelier en
ciment éclairé par des piles solaires. L’installation de 170 mètres
carrés comprend deux longs espaces de travail qui soutiennent le
tissage de coupes de tissu d’une longueur allant jusqu’à 30 mètres.
Les
fonds accordés par l’ADF ont aussi aidé le GTKK à :
· Acheter
des métiers à tisser fabriqués localement ainsi que des métiers à
filer, et à importer des cardeuses qui ont permis de réduire le
temps de production d’une coupe de tissu de cinq à deux heures tout
en triplant la totalité de la production et des profits.
·
Obtenir des fonds de roulement pour les achats en gros de fil et le
développement de nouvelles combinaisons de modèles et de couleurs ;
et
· Acquérir
une formation en gestion des coopératives, comptabilité, gestion
financière, marketing et usage de nouveaux équipements.
Les
contributions du GTKK en sable, gravier, blocs de pierre et main
d’oeuvre ont permis de réduire les coûts de construction de son
nouvel atelier à 27.000.000 de Francs Guinéens (13.500 dollars
américains). La coopérative a depuis lors établi de nouveaux usages
de cet atelier qui vont au-delà de ce qu’envisageait la subvention
initiale. Le système d’éclairage alimenté par l’énergie solaire a
aidé les tisserands à accroître la production de tissu avec
l’addition d’équipes de nuit, tout en fournissant un espace pour des
cours d’alphabétisation pour adultes financés par les contributions
des membres. Le nouvel atelier de tissage fournit également de la
place à un marché hebdomadaire qui a transformé Kollossi en
carrefour commercial pour les villages locaux. Et les femmes de
Kollossi ont commencé à faire manuellement de la poterie qu’elles
vendent localement.
Kollossi a également investi dans ses enfants, en embauchant un
enseignant local qui dirige chaque jour des cours de lecture, math,
et grammaire française dans une école ne comptant qu’une seule salle
de classe et construite à partir d’entrelacements de jeunes arbres
et d’écorce pilée. Tandis que la structure elle-même est modeste,
ses objectifs ne le sont pas. Avant ce projet, rien que huit
enfants de Kollossi allaient à l’école, et il leur fallait marcher
plusieurs kilomètres pour atteindre le village voisin d’Hollo.
Aujourd’hui, 30 garçons et 18 filles sont en train d’acquérir des
connaissances qui étaient autrefois inaccessibles à leurs parents.
Abdullah Camara âgé de 9 ans qui dirige ses camarades d’études en
exercice oraux de Français dit qu’il veut devenir enseignant
lorsqu’il sera grand, une déclaration remarquable pour un enfant
élevé dans une communauté qui a produit une douzaine de générations
de tisserands qui travaillaient chez eux.
Les
anciens de Kollossi font remarquer qu’avant le début du projet,
leurs enfants quittaient régulièrement le village pour émigrer vers
le Sénégal, et il n’existait pas plus de trois maisons en dur dans
le village. A présent, il y a plus de cinquante maisons aux
fondations en dur et murs cimentés avec du mortier. Alors que les
femmes passaient auparavant des heures à piler le fonio et le maïs
pour en faire des repas, le tissage leur rapporte assez maintenant
pour leur permettre d’acheter la nourriture dont elles ont besoin et
consacrer davantage de temps à leur art. Kollossi a maintenant une
antenne parabolique qui lui permet de capter les émissions
télévisées de Conakry, et une flotte de sept mobylettes transportent
les biens et les personnes entre le village et les villes
commerciales locales.
L’ancien villageois Bakar Kindikante âgé de 73 ans est témoin de
changements qu’il n’aurait jamais imaginé. « A cause des guerres,
notre peuple est arriv ici sans rien il y a longtemps en tant que
réfugiés. Maintenant des gens d’autres villages arrivent ici. Nous
construisons des maisons en dur avec des toits faits de solides
tôles métalliques, et les jeunes gens ont cessé de quitter.
Maintenant ils sont convaincus que les choses peuvent changer. »
|